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Membranes de vie, texte par Amandine Brûlée

Membranes de vie par Ectoplasm.

Il y a mille manières de devenir soi. Sam Ectoplasm est devenue elle, une dessinatrice puissante, érotique, morbide et résolument singulière, en ouvrant des blessures sur la peau de son papier à la pointe de ses crayons et de ses pinceaux.

Chez elle, la blessure est souvent érotique. Ici, un monstre bicéphale se délecte en léchant le sang qui s’écoule de son propre corps. Ailleurs, un corps en lévitation s’offre à la morsure et à la griffure de deux créatures. Ailleurs encore, une beauté lunaire aux yeux clos, tête renversée, semble goûter une indicible jouissance à l’écorchement de la moitié de son corps. Ces figures, toutes féminines, expérimentent une volupté de la cruauté qui a pour objet soi-même ou son double. À travers le fantasme dessiné d’une auto-mutilation, l’artiste s’approprie son individualité et la réaffirme avec force à chaque dessin.

dessin 013

En fissurant des plaies, en écartant des fentes, en élargissant des entailles et des écorchures, Ectoplasm pratique des ouvertures sur son intérieur émotionnel et spirituel. Les cicatrices béent sur les entremêlements tumultueux de son esprit. Des formes organiques se mélangent pour raconter l’exubérance de ses sentiments. Des liens gorgés de sang, sains et forts, ou rongés, tranchés, putréfiés, s’échappent des interstices et s’entremêlent. Ainsi évoque-t-elle les liens d’amour et de haine qui l’attachent viscéralement aux autres. En faisant de l’espace intérieur une clé pour structurer ses images, elle transforme le ressenti le plus intime et le plus obscur en réalité connaissable.

Chez Ectoplasm, la peau est une enveloppe que l’on perfore avec angoisse et volupté. Sur deTryptique 017s corps en forme de poche, des orifices apparaissent entre les plis. Des mains décharnées enfoncent leurs longs doigts dans des trous qui s’agrandissent et se boursouflent. Le sein percé d’un personnage féminin libère un flot de formes vivantes qui se mêlent à des tourbillons de cheveux. Par des incisions pratiquées dans l’abdomen, dans le poignet et dans le front, une femme et un homme fusionnent. L’artiste représente le processus créatif comme l’écoulement hors de soi d’une substance vitale.

Si ces peaux parcourues d’orifices et d’excroissances possèdent également des yeux, ce n’est pas un hasard. Elle sait bien que l’œil, tout comme la muqueuse, est une zl'ecran detailone érogène. Forte de cette intuition, le papier devient une surface sur laquelle elle met en place les sensations visuelles et tactiles qu’elle veut échanger avec l’autre. Sur un vaste écran encadré de chair, des globes oculaires et des mains déploient leurs interconnexions sensorielles. Ainsi réactive-t-elle le fantasme d’une communication immédiate et d’une identification adhésive entre deux partenaires. Dans un autre dessin, une fente verticale déployant plusieurs strates de peaux fait jaillir un œil de ses profondeurs. Le spectateur, en pénétrant au plus intime de cette ouverture, rencontre un regard qui cherche à son tour à le pénétrer. Pour partager ses extases et ses angoisses, l’artiste construit des jeux de miroirs.

Pour Ectoplasm, l’aventure artistique est avant tout la recherche d’un soi aux inquiétantes et fascinantes métamorphoses. En transcendant ses blessures organiques et psychiques par l’art, elle a forgé une identité singulière qui ne cesse d’évoluer. Si la peau est la surface vitale de son processus créatif, elle n’oublie pas que l’œil est la zone érogène par excellence. Dessin après dessin, elle reconstitue un vaste écran sur lequel les sensations, les affects et les images mentales entrent en résonance.

Amandine Brûlée

Discussion

2 thoughts on “Membranes de vie, texte par Amandine Brûlée

  1. Belle découverte diversifiée dans les expressions. D’agréables topographies anatomiques et viscérales. J’apprécie énormément.

    Posted by VITRINART (michel Seiller) © Copyright 2012 All right reserved | 24 March 2015, 16 h 18 min
  2. Merci beaucoup, ça compte beaucoup pour moi de toucher les gens avec mon art. La viscère, ça inspire.
    J’ai eu la chance d’avoir un beau texte d’Amandine Brûlée en plus!
    Au plaisir,
    Sam/ectoplasm

    Posted by ectoplasm | 24 March 2015, 22 h 51 min

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